C’étaient les derniers beaux jours d’été.
Ce train étrange s’est arrêté à notre station.
Sur le quai, nous nous tenions éloignés,
Loin l’un de l’autre, loin des wagons.
Des ombres passaient à nos côtés,
Indifférents à nous, indifférents à tout.
Des visages fatigués et désabusés.
Avions-nous, nous aussi, cet air fou ?
Un compartiment vide était enluminé.
Tournant la tête, j’ai croisé ton regard.
Il semblait lui aussi émerveillé.
J’y ai lu mes rêves, mes espoirs.
Puis ton sourire a redonné vie à tout ce noir.
Et sans réfléchir, je sais, c’était insensé !
Mais il n’était peut-être pas trop tard.
D’un même élan, nous nous sommes élancés :
Quitter cette petite ville bien ordonnée.
Connaître d’autres régions, d’autres contrées.
Tout redécouvrir, tout recommencer.
Et jamais plus cette peur de l’obscurité !
Ta main tenant la mienne fermement,
Nous sommes montés dans le train.
Les autres passagers étaient accueillants.
On les devinait épanouis et sereins.
On nous a laissé nous isoler,
Sans jamais nous poser de questions,
Nous importuner ou nous déranger.
Nous étions tous là pour la même raison.
Nous en avons parcouru du chemin.
Sans jamais connaître à l’avance le parcours
Vécu des accélérations et de violents coups de frein,
Mais sans avoir de notre amour fait le tour.
Etendus sur la banquette,
Nous nous en sommes posés des questions,
Toujours dans la même quête,
D’une vie en accord avec nos aspirations.
Nous croisons rarement le conducteur.
Nous ne lui demandons aucune indication.
Lui aussi cherche le chemin du bonheur.
Mais le fait-il avec autant d’application ?
Nous trouverons, seuls s’il le faut, le sanctuaire.
Nous serons alors arrivés au bout de notre voyage
Mais pour que cela se puisse faire
Il nous faudra encore bien du courage.